Une Japonaise élue Miss Transsexuel milite pour le respect de ses pairs à travers le monde
le 2/11/2009 à 11h50
par Danny Kemp (AFP)
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Rayonnante dans une robe moulante, Haruna Ai était la plus belle. Cette Japonaise, née homme il y a 37 ans, a gagné à Pattaya, dans le sud de la Thaïlande, le concours de Miss Transsexuel et se voit désormais en porte-parole de ses semblables.
Haruna, animatrice de télévision, l'a emporté sur 20 autres créatures venues
des quatre coins du monde pour devenir la Miss International Queen 2009.
Un titre sérieux dans un pays où les transsexuels font partie du paysage
social, et où la tolérance est loi à l'égard de bien des pratiques considérées
ailleurs comme déviantes, dégradantes, voire illégales.
Des millions de Thaïlandais ont regardé en direct le spectacle retransmis
depuis Pattaya, cité balnéaire connue à l'étranger pour avoir porté l'industrie
du sexe à un niveau qui frise l'industrialisation.
"Je suis très, très heureuse", confessait Haruna en larmes à l'AFP, quelques
heures après son sacre au Tiffany, présenté comme le plus grand cabaret de
transsexuels du monde.
Grandie par un diadème en faux diamants, elle ajoutait: "Je veux que des
compétitions comme celles-là montrent à tous qu'ils doivent s'aimer et vivre
librement".
"Le mode de vie japonais est plus traditionnel et les transsexuels ne sont
pas libres. Mais en Thaïlande, ils font ce qu'ils veulent", a-t-elle dit.
La soirée n'aura pas toujours porté les attributs du discours politique le
plus élaboré, lorsque défilaient sous les hurlements goguenards les belles en
costumes nationaux.
Avec une Américaine toute de plumes vêtues, et une Anglaise en hallebardier
de la Tour de Londres, portant cuissards de satin noires et bonnet à poil.
Les lumières tamisées du Tiffany ont ensuite accueilli les candidates en
robes de soirée puis maillot de bain rose, sous un ballet aérien de
cerfs-volants fluorescents.
De quoi permettre le triomphe d'Haruna, repartie avec 10.000 dollars, un an
de séjour dans un hôtel et un bon pour 500 dollars de chirurgie esthétique que
visaient ses deux dauphines, la Thaïlandaise Karngsadal Wongdusadeekul et la
Brésilienne Daniela Marques.
Mais les commentaires "backstage" évoquaient une autre réalité, faite de
discrimination et de frustrations.
"Je ne peux que rêver d'un événement comme celui-là aux Etats-Unis", a admis
l'Américaine Sunny Dee-Lite, 32 ans, sortie première du défilé en robe.
La Chinoise Maggie Gao a pour sa part remporté cette année le prix de Miss
Monde Shenzhen, organisé dans cette ville du sud de la Chine. Avant de se voir
retirer son prix lorsque les organisateurs ont constaté qu'elle était un homme.
Quant à Camilia Dzelma, 22 ans, elle appelait à plus de transparence après
avoir été acceptée par sa famille musulmane à Singapour. "Je suis là pour
montrer au monde que je ne suis pas un monstre", a expliqué ce professeur de
danse pour enfant d'une école publique. Et d'ajouter: "Ma mère m'a appelé pour
me souhaiter bonne chance".
Même en Thaïlande, où les pratiques sexuelles sont libérées de la plupart
des barrières morales qui pèsent en Occident, le combat n'est pourtant pas
complètement gagné.
Les transsexuels s'y plaignent de ne pouvoir changer d'identité sur leurs
papiers comme dans certains pays occidentaux. Et de nouvelles lois ont restreint
les possibilités d'opérations.
La Thaïlandaise Sorawee Nattee, qui a gagné à 21 ans le titre national en
mai, a même été convoquée pour son service militaire. "Mais quand j'y suis allée
comme ça, en fille, avec des seins, ils m'ont dit de partir".
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