Une Japonaise chante le fado à Lisbonne
le 17/1/2009 à 18h39
par AFP
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Quatre soirs par semaine, enveloppée dans un grand châle traditionnel, Kumiko Tsumori, la jeune étudiante d'Osaka, promène sa silhouette menue entre les tables du Velho Pateo de Sant'Ana, "maison de fado" du centre de Lisbonne, où elle chante la "saudade" portugaise.
Devant un public ému qui l'écoute dans un silence presque religieux, Kumiko, toute de noir vêtue, à l'exception de son châle piqueté de rouge, se métamorphose en authentique "fadista". Son regard captive, sa voix enchante, soutenue par le son de la guitare portugaise et de la viole.
Etudiante de théâtre, chanteuse de comédies musicales au Japon, Kumiko Tsumori découvre en 2002 le fado, chant mélancolique de la "saudade" (nostalgie) portugaise, grâce à un ami musicien, Kazufumi, joueur de guitare portugaise dans la métropole nippone. Pour la Japonaise, aujourd'hui âgée de 28 ans, cette découverte est une révélation: "c'est l'âme et l'amour, explique-t-elle. Un sentiment triste et gai à la fois, qui donne de la force pour vivre."
Son ami guitariste lui propose de chanter avec lui, elle accepte. Kazufumi lui traduit les textes du fado pour qu'elle puisse comprendre ce qu'elle chante. En 2003, lorsqu'il vient se perfectionner au Portugal, Kumiko l'accompagne pendant l'été, puis revient pour deux semaines l'année suivante. A chacun de leurs séjours, les deux Japonais ont table ouverte au Velho Pateo de Sant'Ana, où la patronne, Rosalina Caeiro, les a pris sous son aile. "Elle m'appelle maman. C'est devenu ma fille japonaise", explique Mme Caeiro.
En octobre dernier, quand Kumiko débarque à Lisbonne, bourse d'études en poche et déterminée à perfectionner son portugais, c'est tout naturellement qu'elle retrouve la "maison de fado". "Je ne parle pas encore très bien, s'excuse-t-elle, dans un portugais encore hésitant. Mais j'aime parler aux gens. Quand je chante le fado, je peux parler à beaucoup de gens en même temps."
Dans la salle du Velho Pateo, deux touristes japonaises, venues écouter "cette musique nostalgique décrite dans le guide", n'en reviennent pas de trouver là une compatriote. "Elle chante avec énormément d'émotion, nous sommes très fières d'elle", s'exclame Waka Shibata.
Assise un peu plus loin, Susana, une cliente portugaise, tempère: "elle a tout de même un petit accent, il y a certains mots que je ne comprends pas". Mais pour cette férue de Fado, pas de doute, "sa voix est vraiment magnifique". Le public ne s'y trompe pas, reprenant en choeur le grand classique "Tudo isto é fado", rendu célèbre par Amalia Rodrigues.
Au Japon, la famille de la jeune chanteuse a eu du mal à accepter sa passion. "Quand j'ai commencé le fado, ils ne m'ont pas comprise. Aujourd'hui ça va mieux. Et ma mère a même appris à aimer. Mon père et mon frère, ça les laisse indifférents..."
Dans six mois, Kumiko rentrera au Japon. "Je veux devenir chanteuse de Fado, en faire mon métier", annonce-t-elle, tout sourire. "C'est vrai que ça n'est pas facile. Là bas, le fado n'est pas du tout connu", admet-elle. Mais, Kumiko en est convaincue, le Japon a tout pour apprécier le fado. "Les Japonais qui connaissent aiment le fado, parce qu'ils aiment la nostalgie, l'âme, les sentiments. Peut-être parce que la mer est omniprésente dans nos deux pays..."
Musique
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