Un thé avec Koizumi
Toshinori Kanemoto est un puits d'anecdotes, de dossiers et autres affaires en tous genres... Mais il n'en raconte pas le centième ! Cet ancien président d'Interpol (1996-2000) et conseiller du premier ministre Junichiro Koizumi sur la sécurité nationale (2001-2006) en connait long sur des affaires comme la poursuite haletante d'un navire nord-coréen par un garde-côtes japonais, le 11 septembre, la guerre d'Afghanistan et celle en Irak, la question nucléaire nord-coréenne... "Junichiro Koizumi est un homme très cordial. Il sait écouter très attentivement ce qu'on lui dit, parle peu, pose peu de questions."
L'alternance de 1981
Sa relation avec la France est riche, nourrie de littérature et de diplomatie. En 1980, il entre en fonction à l'ambassade du Japon en France comme 1er secrétaire chargé d'une part de la liaison avec les ministères français, et assure un assidu suivi de la politique intérieur française. À une époque privilégiée puisqu'il assiste à la campagne des élections présidentielles qui porteront François Mitterrand au pouvoir. En 3 mois, il parcourt 5000 kilomètres en voitures, allant d'une réunion publique à l'autre. Mitterrand, Giscard, Chirac, Marchais... "Je me souviens du dernier meeting de François Mitterrand, Dalida avait chanté, c'était à Lille, juste avant le 1er tour. Puis il y a eu l'explosion de joie dans Paris le 10 mai, et cette déclaration de VGE qui évoquait la trahison préméditée de Jacques Chirac."
Un crime sordide
Très vite, il retrouve son métier de policier : un mois après l'élection du 10 mai 1981, le premier ministre japonais Zenko Suzuki rend visite au président français. À cette époque, un étudiant japonais en séjour en France avait assassiné une jeune hollandaise, les journaux affirmaient même qu'il l'aurait mangée... "Le juge Jean-Louis Bruguière avait la charge de l'enquête, je l'ai aidé à mener l'enquête au Japon. L'affaire était très sensible et la venue du premier ministre avait rendu la situation plus tendue encore". Au début des années 80 aussi, l'attentat de la rue de Copernic (octobre 80) à Paris, celui dans le restaurant juif Goldenberg (août 82) marquent les débuts du terrorisme d'origine proche-orientale en France.
Attrape moi si tu peux !
En 1986, un groupe de Français dérobe au musée de Saumur en Auxois, en Bourgogne, 5 tableaux : Manet, Corot... Toshinori Kanemoto les retrouve, ainsi que des objets d'art d'Emile Gallé, en 1987 et 1988 ! Autre affaire : 3 Français et 1 Algérien dérobent 320 millions de yens en liquide à la banque Mitsubishi, à Tokyo. C'était en 1986. Il se charge de l'enquête et identifie, avec l'aide de la police française, les 4 des criminels. Le membre algérien du groupe n'a jamais été retrouvé.
Raymond Aron, les Népote
Il découvre également la France lumineuse de Raymond Aron et son ouvrage Le spectateur engagé. "Ce livre est la transcription d'une série de 3 émissions de télévision. Ces mêmes éditions étaient le condensé de 24 heures de discussions philosophiques. J'ai tout de suite aimé cet auteur. J'ai depuis lu une grande partie de son œuvre". En France toujours, il loue le pavillon d'un ancien secrétaire général d'Interpol, Jean Népote et son épouse Paulette, qu'il considère comme ses parents en France. Des liens presque familiaux les uniront jusqu'à la mort de ces derniers.
The Buck stops here
En 2007, il devient avocat. À 61 ans. Ce changement de carrière radical est en fait le fruit d'une réflexion dans les années 60 ! En 1967, Toshinori Kanemoto est reçu aux concours juridique et administratif. Il sait que s'il devient magistrat, il ne pourra jamais devenir fonctionnaire. L'inverse en revanche est plus envisageable. Dès l'origine, il a donc en tête cette reconversion en fin de carrière ! Mais quel changement de vie ! "Après 38 ans dans l'administration je savais évoluer au sein de la hiérarchie. Comme avocat, j'ai réappris mon métier de zéro, je suis seul face à mes responsabilités et mes clients. Depuis 2007, je suis à la recherche de mon nouveau business model ! Truman écrivait sur son bureau The Buck stops here, ce qui signifie c'est moi (le président) qui hérite de la responsabilité. Je me sens dans la même situation, toutes proportions gardées ! J'ai acquis la liberté, mais à quel prix ?"
En partenariat avec La Lettre mensuelle de la CCIFJ