Surendetté, le Japon continue de vivre à crédit
le 21/12/2009 à 11h38
par Roland de Courson (AFP)
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Il croûle sous une des dettes les plus élevées du monde, emprunte plus qu'il ne gagne et refuse d'envisager de nouvelles sources de revenus: ce qui, pour un particulier, mènerait à la saisie et l'interdiction bancaire n'attire à l'Etat japonais que des sermons vite oubliés. Le Japon inspire confiance. Jusqu'à quand ?
Alors que la situation budgétaire de la Grèce, du Mexique ou de Dubaï
agitent ces dernières semaines les marchés mondiaux, le Japon, malgré des
finances publiques dans un état tout aussi désastreux sur le papier, ne semble
inquiéter ni les investisseurs, ni les agences de notation.
Pour la première fois depuis 1946, le Japon va émettre plus de dette qu'il
ne percevra d'impôts lors de l'année budgétaire 2009-2010, qui s'achève fin
mars. Selon l'OCDE, qui admoneste régulièrement Tokyo à ce sujet, son déficit
budgétaire dépassera les 10% du produit intérieur brut l'an prochain. Sa dette
publique flambera à 204% du PIB: en la matière, seul le Zimbabwe fait pire.
A l'origine du problème: les plans de relance mis en oeuvre à répétition
depuis les années 1990, ainsi qu'un système fiscal peu lucratif pour l'Etat,
avec notamment une taxe sur la consommation exceptionnellement basse pour un
pays développé (5%). De plus, le nouveau gouvernement de centre-gauche de Yukio
Hatoyama s'est engagé à n'augmenter aucun impôt avant 2013.
"Si nous étions le Botswana, on verrait immédiatement que nous prenons
l'eau. Mais le Japon est comme le Titanic: notre économie est tellement grosse
que personne ne s'aperçoit que nous coulons", déplore Noriko Hama, économiste à
la Doshisha Business School de Kyoto.
N'importe où ailleurs, pareille situation budgétaire "mènerait droit à une
annulation forcée de la dette ou même à l'instauration d'un Etat fasciste",
poursuit-elle.
Mais pas au Japon, dont la dette continue de jouir du troisième
ou quatrième meilleur score possible chez les agences de notation.
"Le montant de la dette, en soi, ne dit pas tout concernant les qualités du
Japon en tant que débiteur", justifie James McCormack, analyste chez Fitch.
"Des taux d'intérêt très bas permettent à l'Etat de contracter une dette
exceptionnellement lourde, tout en déboursant des intérêts identiques à ceux que
doivent payer d'autres pays dont l'endettement est moindre", explique-t-il.
M. McCormack met également en avant "l'énorme stock d'épargne" des Japonais,
dans lequel le gouvernement a encore bien de la marge pour puiser.
Autre facteur positif: la dette nippone est, à plus de 93%, détenue par des
investisseurs japonais. Dans un pays en proie à une déflation record et où la
Bourse a chuté de près de 75% en 20 ans, des bons du Trésor au rendement de
l'ordre de 1,3% continuent d'offrir un taux d'intérêt réel intéressant.
Cette quasi-absence de dette en devises rend improbable un scénario de crise
du type Mexique ou Argentine.
"Il est toujours possible de monétiser une dette
en monnaie locale", rappelle Hervé Lievore, stratège chez AXA.
La monétisation consiste à faire tourner la planche à billets pour acheter
les nouveaux bons du Trésor. Une pratique dangereuse, génératrice
d'hyperinflation et que la Banque du Japon a exclue, mais qui, en dernier
recours, reste toujours préférable à la faillite de l'Etat.
"Le seul rayon de soleil, dans cet affreux problème de la dette, est qu'elle
est entièrement détenue à l'intérieur du pays et donc beaucoup plus gérable",
notait le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria, de passage fin novembre au
Japon, avant d'ajouter:
"La question est: quand cela va-t-il commencer à inquiéter les marchés?
Eh bien, nous ne voulons pas le savoir, car alors il sera trop tard".
Photo: Adriaan Tijsseling, Creative commons
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