Se faire dépasser par la Chine, une opportunité pour le Japon ?
le 15/2/2010 à 11h32
par Miwa Suzuki (AFP)
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Le Japon est sur le point d'être détrôné par la Chine au rang de deuxième économie mondiale, un camouflet national certes, mais pas une si mauvaise nouvelle pour ce pays à la croissance anémique qui bénéficie du dynamisme du géant chinois et de l'afflux de ses touristes.
Shi Minfei, une étudiante de Shanghaï, est venue faire du shopping à Tokyo,
un domaine où la capitale nippone garde une longueur d'avance, selon elle.
Vêtements, chaussures, sacs à main et produits de beauté, Mlle Shi a dépensé la
bagatelle de 300.000 yens (2.400 euros) pendant son séjour. Les touristes chinois comme elle, de plus en plus nombreux à faire le
voyage, sont du pain béni pour l'économie japonaise, affaiblie par deux
décennies de croissance poussive et de déflation à la suite de l'éclatement
d'une bulle financière et immobilière au début des années 90.
Avec un PIB nominal de 474.924 milliards de yens (5.075 milliards de
dollars) en 2009, le Japon a conservé de justesse sa place de deuxième économie
mondiale devant la Chine, dont le PIB nominal a atteint l'an dernier 33.500
milliards de yuans (4.900 milliards de dollars). La plupart des économistes s'attendent cependant à ce que la Chine dépasse
le Japon dès 2010 ou 2011. Après la récession de 2009, l'économie nippone
devrait connaître une croissance modeste en 2010. Tandis que la croissance
chinoise a atteint 8,7% en 2009 et devrait rester vigoureuse en 2010.
La fierté nationale des Japonais pourrait en souffrir, mais le pays serait
dans une situation autrement plus difficile sans le boom de la Chine, devenue
son premier partenaire commercial devant les Etats-Unis. Les constructeurs automobiles nippons sont heureux de trouver à leur porte
un marché en pleine expansion, au moment où la demande des pays développés -
Amérique du Nord, Europe et Japon - peine à redécoller, et de nombreux groupes
industriels japonais ont ouvert des usines en Chine, où ils bénéficient de bas
coûts salariaux.
"Avec sa population vieillissante, le Japon ne peut espérer une reprise de
sa demande intérieure", explique Hiromichi Shirakawa, économiste en chef pour le
Japon au Crédit Suisse. "Le Japon doit s'en remettre aux exportations pour
limiter son déclin économique. Ses perspectives seraient bien pires sans la
Chine".
Désireuses par ailleurs de renforcer l'attrait touristique de l'archipel,
les autorités nippones ont décidé, depuis juillet, d'accorder des visas
individuels aux Chinois qui devaient, jusque-là, obligatoirement venir en
voyages organisés. Le nombre de visiteurs étrangers a chuté l'an dernier à 6,79 millions, soit
une baisse de 18,7%, la plus forte en près de 40 ans, à cause de la récession
mondiale, la vigueur du yen et l'épidémie de grippe H1N1. Mais le nombre de
touristes chinois a lui augmenté, passant pour la première fois le cap du
million.
Les agences de voyage font tout pour attirer les voisins chinois, en
proposant notamment des séjours touristiques agrémentés de soins de beauté et du
corps. L'une d'elle propose ainsi une formule d'une semaine pour deux personnes,
avec étapes dans des hôtels de luxe et dépistages du cancer dans un hôpital de
pointe, le tout pour un million de yens (8.000 euros).
Il se pourrait toutefois qu'un jour, les Chinois ne viennent pas que pour
faire les magasins. "Dans la prochaine décennie, le jour viendra où des entreprises chinoises
achèteront des sociétés japonaises ou que des fonds chinois s'empareront de
propriétés au Japon. Les Japonais pourront-ils l'accepter ?", s'interroge M.
Shirakawa.
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