Pierre Sevaistre : "pourquoi je reste au Japon"
le 11/3/2010 à 7h56
par La Lettre mensuelle de la CCIFJ
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Jeune retraité, il choisit le Japon et le risk management. On ne le verra pas cet hiver se prélasser sous le soleil de la Côte d’Azur.
Rester au Japon
"Je reste au Japon car j'y ai vécu 20 ans. Ma vie, mais aussi mon
savoir-faire lui sont très étroitement liés." Si l'on décode le
message, cela signifie que Pierre Sevaistre se plait suffisamment au
Japon pour y passer sa retraite, et qu'il compte bien dépenser son
énergie à créer quelque chose. À savoir une activité de conseil en risk
management pour les entreprises, en tant qu'indépendant.
"Le miracle brésilien, ça, c'est un vrai miracle !"
Ce goût du Japon n'est pas un amour de jeunesse : "À l'origine, je
souhaitais aller au Vietnam. Mon père avait participé à la guerre
d'Indochine et m'avais décrit les paysages, mon grand père maternel
avait été en poste à Saigon", explique-t-il. Mais en 1972, à l'époque
de sa sortie d'HEC, le pays est ravagé par la guerre, la situation
politique est déplorable. Il se tourne alors vers le Brésil. "Un ami né
là-bas m'en avait beaucoup parlé. On vantait le miracle brésilien, car
tout laissait penser que le pays était voué à un développement
économique fulgurant. Les Brésiliens disaient en blaguant : le miracle
allemand vient de la rigueur allemande, le miracle japonais à la
capacité d'organisation japonaise... mais le miracle brésilien, ça,
c'est un vrai miracle !" Le pays le séduit. Après un stage d'été de 2
mois en deuxième année d'école, il est embauché par le poste
d'expansion économique pour 3 ans. Après cette expérience, il rentre en
France avec comme espoir de revenir au Brésil
Le Japon par erreur
Pierre Sevaistre entre chez Michelin. Le groupe avait alors de
grands projets de développement au Brésil. Mais le management l'envoie
successivement en Autriche, pour quelques mois, puis au Japon. "Je me
suis retrouvé là comme par erreur. J'avais envie de voyager, mais
l'archipel n'était pas ma priorité !" C'était à la fin de l'année 1977.
Il prend en charge l'administration de la filiale après avoir suivi 3
mois de cours de japonais, dont un mois intensif. "Il était rare que
quelqu'un qui n'a pas suivi un cursus de linguiste parle japonais."
Les constructeurs japonais : la qualité était déjà là
"Le Japon était déjà un poids lourd de l'économie mondiale, mais le
secteur auto souffrait encore d'un déficit d'image. Honda par exemple
avait essuyé un revers en France avec un petit modèle. Michelin qui
espérait devenir fournisseur en première monte avait fait venir à
Clermont-Ferrand quelques voitures japonaises, pour les tester et
pensait pouvoir donner des conseils. Mais il n'ont pas trouvé grand
chose à dire". Les constructeurs japonais peinaient à être reconnus,
mais la qualité était déjà là.
Un pied dans la Chine post Mao
Entre 1983 et 1988, il travaille à l'élaboration des prix et tarifs
chez Michelin. Puis de 1988 à 1993, il devient patron Asie chez
Essilor. Pierre Sevaistre se passionne pour la Chine. "En 1983, la
révolution culturelle n'était pas finie depuis longtemps. Les gens
portaient encore des uniformes maoïstes, et ne pouvaient personnaliser
leur tenue qu'en les choisissant parmi les 3 couleurs disponibles." Il
voit ces voitures chinoises qui ne marchent jamais, les temples creusés
dans le roc à Datong, près de la Mongolie, les murs des maisons en
terre, les trains à vapeur. Il va jusqu'à passer un mois dans une université chinoise en 1985 : "Si le Japon n'a pas vraiment changé, la
Chine, elle, s'est métamorphiosée !"
Dans les méandres de l'industrie nippone
1994. Il revient au Japon pour l'Aérospatiale. L'un de ses clients
est Nissan qui à l'époque avait une division espace, spécialiste des
fusées à carburant solide. Il est en contact réguliers tous les géants
japonais de l'industrie lourde et de l'industrie électronique mais
aussi les shosha (maisons de commerce) et les administrations... "J'ai
observé que le METI (ministère de l'économie) avait plus de mal qu'on
ne le disait à imposer ses vues aux industriels japonais. Le ministère
poussait pour que ces derniers s'allient et produisent un avion de 100
places. Mitsubishi Heavy Industries a refusé car la société voulait
prendre le leadership." Il remarque aussi que le groupe Mitsubishi
n'est pas un groupe au sens français du terme mais plutôt un club qui
partage un nom. "MHI n'acceptait pas le leadership de Mitsubishi
Trading par exemple ." Anecdote : les crayons Mitsubishi ont été créés
avant le groupe, et n'ont aucun lien avec les autres sociétés éponymes.
La révolution Nissan
En 2000, Pierre Sevaistre entre chez Nissan. Il y restera 9 années.
" À l'origine, je pense qu'ils m'ont embauché à l'audit interne pour se
donner les moyens de décoder les messages pendant le début de
l'Alliance. J'ai par la suite eu la chance de pouvoir faire évoluer mon
poste en travaillant aussi sur la gestion des risques." Avec le
président, l'auditeur interne est l'un des seuls à être en contact avec
tous les métiers du groupe. "J'ai pu observer la mutation de
l'entreprise. A l'origine, Nissan qui était proche de l'administration
japonaise était comme cette dernière soumise à l'influence de clans et
les équipes perdaientparfois de vue le client final". Des reproches que
l'opinion publique a fait au gouvernement en 2009. "Le génie de Carlos
Ghosn aura été de rejeter les situation acquises et de remobiliser les
gens." Celui d'Hanawa, le président qui a fait l'alliance avec Louis
Schweitzer, aura été de comprendre que la révolution ne pouvait pas se
faire de l'intérieur.
En partenariat avec La Lettre mensuelle de la CCIFJ
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