Les Japonaises veulent garder leur nom de famille
le 9/7/2010 à 12h17
par Anthony Rivière (Aujourd'hui le Japon)
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Le nom de famille est l'un des sujets des élections sénatoriales de dimanche. La plupart des femmes veulent garder leur nom de jeune fille même après le mariage alors que les conservateurs prônent les valeurs traditionnelles de la famille.
Les choses ont changé depuis l'époque Meiji. A l'époque, avec le code civil de 1898 et le système « ie » (maison), le femme abandonnait son nom et sa vie pour se dévouer à son mari.
Aujourd'hui, l'article 750 du nouveau Code civil de 1947, toujours en vigueur, propose aux époux de choisir le nom de famille qu'ils souhaitent entre celui du mari et celui de la femme. Ce nom commun aux deux parents et aux enfants est alors définitif.
L'homme et la femme ont légalement autant de droit sur le choix du nom. Mais 45 ans plus tard, une étude du ministère de la Santé et des Affaires Sociales de 1993 citée par Tokyo Progressive montrait que 97,5% des couples utilisent le nom du mari.
Le Code de 1947 n'a depuis pas changé, si ce n'est en 1976 pour permettre aux époux de reprendre leur ancien nom en cas de divorce. Le sujet du nom de famille revient à chaque nouvelle élection. Celle de dimanche qui décidera des élus de la chambre haute de la Diète n'y échappe pas.
Dès 1996, le Conseil législatif du ministère de la Justice proposait une loi pour que chacun des époux puisse garder son propre nom de famille après le mariage s'il le souhaite. La réforme n'est jamais passée. Le Parti Libéral-Démocrate (PLD) au pouvoir ne voulait pas en entendre parler.
L'arrivée du Parti Démocrate du Japon au gouvernement n'a encore rien changé. En novembre dernier, la ministre de la Justice Keiko Chiba parlait de remettre la proposition de loi sur le tapis. Elle est encore dans les cartons.
« Ils disent que nous détruisons le système familial »
Akiko Orita attend pourtant ce changement depuis douze ans. Comme beaucoup de femmes, lorsqu'elle s'est mariée en 1998, la professeur de 35 ans ne s'est pas enregistrée en pensant que ce serait temporaire.
« Je voulais garder mon nom parce que je l'aime bien, explique-t-elle à l'agence Reuters. Nous nous considérons comme une famille. Mais ceux qui s'y opposent nous disent que nous détruisons le système familial ».
Les conservateurs, hommes et femmes, restent vivement opposés au projet de noms séparés. Le journal local Chunichi rapportait qu'un groupe de femmes de la région de Chibu manifestaient contre la proposition de noms séparés il y a quelques semaines.
Leader du Nouveau Parti du Peuple, Shizuka Kamei y est aussi opposé : « Je ne comprend pas la mentalité des couples qui se marient pour être ensemble mais qui préfère avoir des noms différents ». Interrogé par l'agence AP, il en plaisante à moitié : « Est-ce que nous voulons voir des portes montrant plusieurs noms de famille sur chaque maison ? ».
Le Japon est le seul membre du G8 a ne pas autoriser les noms séparés. Dans le Code français, chaque époux peut garder son propre nom. Il est également possible d'y accoler le nom de son conjoint. L'épouse peut choisir de prendre le nom de son mari tout en utilisant son nom de jeune fille dans les actes quotidiens.
La plus récente étude du gouvernement japonais sur le sujet date de 2007. Les résultats sont partagés : 36,6% des personnes interrogées étaient pour l'utilisation de noms séparés alors que 35% étaient contre.
Dans un pays ou les femmes travaillent de plus en plus et avec des responsabilités, le changement de nom de famille peut être un handicap pour leur carrière. Mais les opposants comme le PLD prévoient une augmentation du nombre de divorces si le projet de loi est adopté.
Actuellement, c'est surtout le faible nombre de mariage qui inquiète le gouvernement japonais. Et si accorder aux époux le droit de garder leurs noms respectifs pouvait favoriser le mariage ?
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