Les Japonais attendent encore le changement promis par Hatoyama
le 8/3/2010 à 11h19
par Harold Thibault (Aujourd'hui le Japon)
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En 6 mois, Yukio Hatoyama et son gouvernement ont chuté de 30% dans les sondages et, désormais, 57% des électeurs ne souhaitent plus voir son parti remporter l'élection sénatoriale qui se profile cet été. Aux yeux des Japonais, la révolution politique annoncée n'a pas eu lieu.
L'espoir des Japonais d'assister à une révolution politique aura été de courte durée. La confiance dans le parti qui leur avait promis le changement a vécu. Désormais, seuls 41% des Japonais approuvent la politique du gouvernement Hatoyama, selon le dernier sondage du conservateur Yomiuri Shimbun, 37% selon le quotidien Asahi. Des chiffres à comparer aux 71% d'opinions favorables lorsque le Parti démocrate du Japon avait accédé au pouvoir, le 16 septembre dernier.
Ces sondages sont d'autant plus alarmants pour le parti de M. Hatoyama que l'élection à la Chambre Haute du parlement, qui interviendra en juillet prochain, pourrait bien entériner le revirement de l'opinion japonaise. 57% des personnes interrogées pour le Yomiuri ne souhaitent pas que les démocrates remportent une majorité au Sénat, contre 33% qui désirent voir le PDJ gagner.
S'ils avaient massivement rejeté le Parti libéral démocrate, resté au pouvoir pendant plus d'un demi siècle, en portant les Démocrates au gouvernement, les Japonais ont été franchement déçus par l'action de leurs nouveaux leaders.
Le PDJ avait promis d'en finir avec l'affairisme, la toute puissante bureaucratie et les scandales politiques mais en guise de changement, c'est le stratège et président du Parti qui est englué dans un scandale de financement occulte de ses campagnes. En conséquence, 84% des sondés estiment que le PDJ n'a pas su prendre les mesures pour remédier à la situation, alors que seulement 8% jugent qu'il a su régler le problème. Le parti déçoit y compris ceux qui le soutiennent: 69% des personnes interrogées favorables aux démocrates trouvent qu'ils se sont montrés incapables de gérer le problème.
Pour remédier à la situation, le Premier ministre Hatoyama et le président du parti Ozawa se sont entretenus, jeudi 4 mars 2010. "Nous devons réfléchir à la question de l'argent et de la politique à la racine, notamment à interdire les dons des entreprises et organisations" a dit le chef du gouvernement au "shogûn de l'ombre", selon Hirofumi Hirano, le secrétaire du Cabinet, qui a assisté à la rencontre. Hatoyama a demandé à Ozawa d'entamer des négociations avec différents parties pour interdire les dons d'entreprises aux fonds politiques et, ainsi, prendre l'avantage sur le thème de la réforme lors de la campagne et retrouver ainsi la confiance du peuple. Mais ce dernier pourrait bien juger qu'il n'est plus temps de réfléchir mais de passer à l'acte et demander pourquoi une telle mesure n'a pas été prise avant, alors que l'interdiction était déjà mentionnée dans le programme électoral qui a mené le PDJ à la victoire l'an dernier.
Les financements occultes ne sont pas le seul point sur lequel les espoirs ont été déçus. Hatoyama avait ambitieusement promis de redéfinir la relation de son pays avec les Etats-Unis. Or, s'il a multiplié les déclarations tonitruantes, le Premier ministre n'a encore rien annoncé de concret quant au déménagement d'une base américaine située en zone urbaine sur l'île d'Okinawa, sinon qu'il repoussait sa décision au mois de mai. Mais les relations avec l'administration d'Obama n'ont pas attendu si longtemps pour se détériorer, malgré les déclarations des diplomates des deux états pour se convaincre du contraire. Le très respecté ancien Premier ministre Yasuhiro Nakasone est lui-même monté au créneau en évoquant dans le New York Times les relations amicales qu'il entretenait à son époque avec Ronald Reagan et en appelant Yukio Hatoyama à faire de même avec Barack Obama.
Les électeurs japonais se sentent également lésés sur des préoccupations plus proches de leur quotidien. Le Parti démocrate avait promis une allocation de 13000 yens, 105 euros, par mois et par enfant au cours de l'année 2010 pour enrayer le déficit de natalités et son corollaire, le vieillissement de la population, avant d'appeler les autorités locales et les entreprises à mettre elles-mêmes la main à la poche.
Hatoyama comptait également supprimer toutes les dépenses publiques inutiles, symboliques selon lui des années libérales démocrates, à commencer par un projet de musée du manga qui tenait à coeur à son prédécesseur Taro Aso. Mais sur 7 100 milliards de yens pointés du doigt (57 milliards d'euros), seuls 1 000 milliards (8 milliards d'euros) ont été rayés du budget.
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