Le Japon ne veut plus être qu'une vache à lait sur la scène internationale
le 14/11/2008 à 10h38
par AFP
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Le Japon s'annonce comme un acteur-clé du prochain sommet anticrise de Washington. En pleine tempête financière, ses partenaires misent beaucoup sur ce payeur prospère et obéissant. Mais l'archipel aimerait être considéré pour autre chose que son argent...
Assis sur les deuxièmes plus grosses réserves de change du monde
(978 milliards de dollars fin octobre), le Japon envisage de prêter
jusqu'à 10% de ce trésor au Fonds monétaire international (FMI) pour renflouer les pays ruinés.
Cela
augmenterait d'un coup de plus d'un tiers les ressources du FMI.
Une offre en ce sens pourrait être formulée le 15 novembre par le
Premier ministre Taro Aso, qui a fait savoir qu'il comptait aussi
exprimer ses idées pour "construire un cadre international réaliste
pour la supervision et la régulation financière".
Reste à savoir s'il subordonnera ses largesses à l'acceptation de ses propositions. Beaucoup d'observateurs en doutent.
"Aso peut surtout offrir de l'argent. C'est probablement ce que tout le monde attend de lui.
C'est
aussi l'état d'esprit dont la planète a besoin en ce moment: ne pas se
demander ce que le reste du monde peut faire pour vous, mais ce que
vous-même pouvez faire pour l'économie mondiale", estime Noriko Hama,
économiste à la Doshisha Business School de Kyoto.
La communauté internationale serait toutefois inspirée de voir
dans le Japon autre chose qu'un payeur prospère et obéissant,
préviennent les analystes.
La deuxième économie mondiale peut d'abord se prévaloir de sa
grande expérience des cataclysmes financiers, même si la réaction lente
et indécise des autorités japonaises à la crise bancaire des années
1990 est plutôt considérée comme le parfait exemple de ce qu'il ne faut
pas faire.
Le Japon peut aussi mettre en avant la rigueur de sa
réglementation financière et, plus généralement, sa solide morale
économique, face à un monde occidental désireux de rendre plus vertueux
son modèle capitaliste.
Les patrons japonais, frugalement rémunérés, sont souvent
allergiques au risque et à la spéculation. Plus soucieux de leurs
employés que de leurs actionnaires et n'acceptant les investisseurs
étrangers que lorsque ceux-ci se comportent poliment, ils sont souvent
la cible des cris d'orfraie des Américains et Européens prompts à
fustiger un pays jugé peu productif et fermé.
Mais ce
conservatisme a relativement bien protégé l'archipel pendant la tempête
financière mondiale.
"Il est nécessaire de repenser le rôle du système financier partout
dans le monde. Surtout dans les pays anglo-saxons, où la finance a pu
créer un monde économique totalement virtuel.
Nous
devons redécouvrir la relation entre la finance et le monde réel. En ce
sens, la façon japonaise de faire les choses a beaucoup à offrir",
explique Mme Hama.
Si elles sont loin d'être un modèle d'efficacité et de
transparence, les banques japonaises ont en effet toujours privilégié
leur rôle traditionnel de financement de l'industrie.
Elles
sont restées à l'écart des jeux d'argent lucratifs mais risqués à
l'origine des maux de leurs consoeurs occidentales.
"Le modèle économique des banques a été poussé trop loin", a jugé le
patron du groupe financier Sumitomo Mitsui, Masayuki Oku, selon qui il
convient désormais de "revenir aux bases du métier".
Relativement épargné par la crise, disposant d'argent et
d'idées, le Japon dispose à Washington "d'une belle occasion de se
placer plus au devant de la scène", estime Mme Hama.
"Malheureusement les Japonais sont généralement mauvais pour
saisir ce genre d'occasion. Ils se cassent toujours la figure juste au
moment de tirer au but", tempère-t-elle.
Le Japon, qui préside
le club de pays riches du G8 cette année, a d'ailleurs manqué
l'occasion d'organiser le sommet chez lui.
"Je ne pense pas qu'Aso va sortir de sa manche une carte-surprise qui
rendra tout à coup le Japon très important", prédit Mitsumaru Kumagai,
analyste à l'Institut de recherche Daiwa, rappelant que "le Japon reste
sous le parapluie américain.
Il ne peut guère se démarquer de la position de Washington".
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