Le Japon choqué par l'assassinat crapuleux du maire de Nagasaki
le 18/4/2007 à 18h36
par Par Hiroshi HIYAMA (AFP)
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Le Japon était sous le choc mercredi au lendemain de l'assassinat en pleine campagne électorale du maire de Nagasaki, grand port du sud du pays et symbole du pacifisme, par un tueur affilié à la plus grande organisation mafieuse du pays.
Iccho Ito, 61 ans, a succombé à ses blessures dans la nuit de mardi à mercredi après avoir été abattu de plusieurs coups de feu devant son QG de campagne.
L'édile, un pacifiste convaincu étiqueté indépendant, briguait un quatrième mandat lors d'un scrutin local prévu dimanche dans cette ville qui fut détruite par un bombardement atomique le 9 août 1945.
Selon la police, le meurtrier présumé, Tetsuya Shiroo, 59 ans, est un gangster chevronné du Yamaguchi-gumi, la principale bande de la pègre japonaise.
L'enquête est en cours concernant les motifs de son acte. Mais selon les médias nippons, l'organisation Yamaguchi était en conflit avec la mairie dans une affaire de marchés publics. La corruption immobilière est une des activités de prédilection des yakuzas, les mafieux japonais.
Le suspect avait déjà tenté d'extorquer des fonds à un ancien maire, prétextant un obscur accident de voiture.
"Ce n'est pas un acte digne d'un être humain. S'il éprouvait un grief contre le maire, il aurait dû lui en parler au lieu de lui tirer dessus", a déclaré à l'AFP, Yoshinori Hirano, 57 ans, un employé de Nagasaki.
"Voir quelqu'un, et quelqu'un d'important, décéder de mort violente est très choquant car Nagasaki est une ville de paix", a-t-il expliqué en pleurant.
La sécurité des candidats aux élections locales de dimanche va être renforcée, a indiqué la police. Le scrutin sera maintenu à Nagasaki, mais les autorités ont décidé d'accepter de nouvelles candidatures jusqu'à jeudi.
"Cet acte criminel pendant la campagne électorale pose un défi à la démocratie. Il ne peut aucunement être pardonné", a déclaré mercredi matin aux journalistes, le Premier ministre Shinzo Abe.
"Nous devons montrer notre ferme détermination à éliminer une telle violence", a-t-il poursuivi.
Les assassinats par balles sont très rares au Japon, où la circulation des armes est extrêmement réglementée. Mais les agressions d'hommes politiques par des militants d'extrême droite --souvent liés à la pègre-- sont en revanche relativement fréquentes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Déjà en 1990, le prédécesseur de M. Ito, Hitoshi Motoshima avait lui-même été grièvement blessé à l'arme à feu par le chef d'une organisation d'extrême droite, à la suite d'une déclaration qu'il avait faite sur la responsabilité de l'Empereur Hirohito pendant la guerre.
"Je ressens encore plus de colère que lorsque j'ai moi-même été victime d'une attaque", a commenté M. Motoshima interrogé par l'agence Jiji.
"Ne nous sommes-nous pas engagés à refuser la violence quelqu'en soient les motifs ?" a-t-il plaidé.
"Nous devons continuer à rejeter toute forme de violence", a poursuivi l'ancien maire, qui avait été remplacé par M. Ito en 1995.
Iccho Ito était un pacifiste convaincu qui militait pour l'abolition des armes nucléaires dans le monde, à l'instar de la majorité des premiers magistrats de la ville depuis 1945.
Le 9 août 1945, Nagasaki avait été rasée par un bombardement atomique qui avait fait plus de 70.000 morts, trois jours après Hiroshima.
"Le monde a perdu un véritable grand dirigeant et un champion d'une cause magnifique", a déclaré Randy Rydell, un responsable chargé du désarmement à l'ONU, dans une interview à la chaîne de télévision publique NHK.
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