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Le gouvernement japonais veut démanteler le complexe "médiatico-politique"

le 12/10/2009 à 12h40  par Harold Thibault (Aujourd'hui le Japon)

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Les questions aux hauts responsables politiques ont longtemps été réservées aux journalistes des médias les plus puissants du Japon, favorisant une certaine proximité entre reporters et politiciens. Le gouvernement Hatoyama veut en finir avec ce système. Y parviendra-t-il ?

Dès le retour du nouveau ministre japonais des Affaires étrangères Katsuya Okada de l'Assemblée Générale des Nations Unies, les journalistes étaient rassemblés à l'affût du scoop. L'une des informations de la conférence de presse pourtant n'allait pas être divulguée par le ministre. La nouveauté était parmi les reporters eux-mêmes: pour la première fois, certains de leurs confrères présents à la conférence n'étaient issus pas des grands quotidiens du pays. Katsuya Okada avait décidé d'accueillir également des journalistes de médias moins importants. Une petite révolution au Japon.

Jusqu'à présent, les conférences de presse et autres rencontres avec les ministres étaient réservées aux seuls membres des "kisha clubs", rassemblements de journalistes de différents médias chargés de suivre l'activité d'un ministre ou d'une administration. Pour faire partie de ces clubs, il faut être coopté par au moins par 2 de ses membres. De fait, il faut également appartenir à l'un des grands médias nippons ayant assez de journalistes, tels que les agences de presse Jiji et Kyodo ou les quotidiens tels que l'Asahi, le Mainichi ou le Yomiuri, premier journal du pays.

"Si l'ancien système persiste, cela pourrait retirer des opportunités aux autres journalistes. C'est une question de droit de savoir du public. J'espère que vous comprenez mon jugement" avait expliqué M. Okada pour expliquer l'ouverture de sa conférence de presse.

Par le passé, l'existence des kisha clubs avait suscité des critiques de l'Union Européenne, qui en tant que partenaire commercial du Japon s'était inquiétée des limitations que ce système posait à la libre information. Tout en s'engageant à faire des efforts, les responsables des kisha clubs avaient alors rétorqué que l'UE ne comprenait pas les différences culturelles qui la séparent du Japon.

Les kisha clubs favoriseraient certains copinages entre journalistes et politiciens, particulièrement lorsqu'ils étaient du même bord politique, aux dépens de l'indépendance de l'information. Au point que les mauvaises langues soulignent que des journalistes sont devenus plus proches de leurs kisha clubs et de l'administration à laquelle ils sont rattachés que de leurs employeurs. Les médias de plus petite taille et les nouveaux médias ayant émergé ces dernières années sont eux exclus de ces clubs. Impossible donc pour eux de poser des questions aux ministres ou à leurs porte-paroles lors de leurs briefings.

Logique du convoi

Le journaliste indépendant Takashi Uesugi a décrit le fonctionnement d'un système qu'il a vécu de l'intérieur au site On The Media. D'abord journaliste membre d'un kisha, M. Uesugi a par la suite utilisé une passerelle et travaillé pour le gouvernement. "Quand j'étais du côté du politicien, je me disais, oh, quel système pratique. Je l'utilisais chaque jour" a-t-il expliqué.

"Ils aiment le système du convoi; personne ne doit en sortir. Si vous êtes le seul qui a le scoop, vous vous faites snober. Si vous êtes le seul qui ne l'écrit pas, alors vous votre employeur vous le reproche" a-t-il souligné.

"Si un reporter obtient des informations sur les plans de son rival politique ou autre, il le préviendra. Vous voyez ? Si votre politicien subit une grosse chute causée par un scandale, vous chutez avec, par exemple en étant muté dans un endroit reculé. Alors vous ne pouvez plus rien écrire" a souligné Takashi Uesugi

Mais le Parti Démocrate du Japon (PDJ) a promis au cours de sa campagne de tordre le coup à la toute puissante bureaucratie et à l'establishment qui s'était installé avec elle au cours de plus d'un demi-siècle de règne du Parti Libéral Démocrate.

Déjà, en mars, l'ancien leader du PDJ Ichiro Ozawa avait ouvert l'une de ses conférences de presse à tous les journalistes intéressés. Il a entre-temps dû démissionner, mais le gouvernement de son successeur, devenu Premier ministre, souhaite poursuivre le mouvement.

Il n'est pas dit toutefois que les journalistes concernés se montrent désireux d'accueillir des confrères indépendants parmi eux. Car leur monopole des contacts avec les politiciens est remis en cause. "Cela pourrait être une mauvaise nouvelle pour les reporters vétérans de la politique qui ont longtemps joui du privilège de l'exclusivité par des relations intimes avec l'establishment politique, dominé pendant plus d'un demi siècle par le PLD" souligne le mensuel Sentaku. "A la différence des reporters dans des pays où des changements périodiques de gouvernement sont la norme, ceux (travaillant) dans un Japon gouverné par un seul parti ont développé des relations beaucoup plus collusives avec les politiciens au pouvoir" relève-t-il.

Pas étonnant alors de constater que les kisha clubs résistent et défendent le bien-fondé de leur existence. L'Association des éditeurs de journaux du Japon, qui gère ces clubs, souligne sur son site internet que "l'industrie des médias au Japon a au cours de son histoire fait pression sur les institutions publiques réticentes à divulguer des informations en se réunissant sous la forme du kisha club". Selon elle, ce cadre, formé au cours d'un siècle, continue de servir l'intérêt du public.

Difficile de museler les bureaucrates

Dès son arrivée au pouvoir, le nouveau gouvernement de Yukio Hatoyama a rapidement annoncé qu'il limiterait la possibilité pour les bureaucrates, accusés de gérer le pays derrière les politiques, de s'exprimer dans les médias. Les kisha clubs ont rétorqué qu'une telle mesure réduirait l'information disponible pour les Japonais.

De son côté, Katsuya Okada a dû ralentir le mouvement et accepter que les bureaucrates du ministère des Affaires étrangères fassent des "off", citations anonymes, aux journalistes des kisha clubs.

Quant à la résidence du Premier ministre, les journalistes indépendants s'en sont jusqu'à présent vus refuser l'accès, pour des raisons de sécurité.

La révolution annoncée pourrait donc prendre plus de temps que prévu et les grands quotidiens, dont le conservateur Yomiuri Shimbun, premier tirage mondial, peuvent se rassurer. D'autant que si Hatoyama réussissait malgré tout à faire entrer d'autres journalistes aux conférences de presse, il est peu probable que de petits médias indépendants auraient les moyens d'y assister systématiquement.

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