Japon : urgence pour les urgences
le 8/2/2008 à 8h49
par Patrice NOVOTNY (AFP)
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Révélée au grand jour par plusieurs drames, la saturation des urgences hospitalières du Japon pose problème aux autorités qui peinent à convaincre les jeunes médecins d'embrasser une carrière difficile.
Les urgences du pays sont à la limite de la rupture et les ambulanciers doivent souvent tenter leur chance auprès de plusieurs hôpitaux avant de trouver une place pour leur patient.
Les pompiers d'Osaka (centre-ouest) ont ainsi dû appeler au moins cinq établissements avant de trouver un lit pour 3.800 patients en 2007.
Des délais de prise en charge qui provoquent régulièrement des drames pour les malades ou blessés.
En janvier, un motocycliste accidenté a dû attendre une heure avant d'être hospitalisé et est décédé peu après des suites de ses blessures. En décembre, une femme de 89 ans était morte après avoir été refusée par 30 établissements.
Les transports en ambulance ont augmenté de 60% en dix ans sous l'effet du vieillissement de la population japonaise. Une croissance à laquelle les services d'urgences, dont le nombre n'a pas augmenté, ne parviennent pas à faire face.
D'autant que leur situation financière est souvent peu reluisante. "Le gouvernement a diminué les tarifs payés aux hôpitaux pour limiter la hausse de la dette publique", explique le professeur Yasuhiro Yamamoto, chef des urgences à l'université de médecine du Japon, basée à Tokyo.
Les cliniques privées, qui abritent plus de la moitié des centres d'urgence, ont fait leurs comptes. "En cas de problème financier, les urgences sont fermées en premier, car elles exigent une présence de médecins en permanence et coûtent cher", poursuit M. Yamamoto.
Une situation difficile qui n'a fait qu'empirer après un changement de gestion de l'internat il y a quatre ans. "C'est vrai que cette réforme a désorganisé le
système", reconnaît Seizan Tanabe, responsable des urgences au ministère de la Santé.
Les étudiants en médecine étaient avant rattachés au séminaire d'un seul professeur.
Voulant diversifier leurs compétences, le gouvernement a supprimé ce système, laissant la possibilité aux jeunes de suivre des cours dans plusieurs domaines.
Mais en supprimant ce lien unique de maître à élève, les autorités ont privé la hiérarchie médicale d'une partie de son autorité. "C'est le professeur qui choisissait l'affectation de l'étudiant, il l'envoyait là où il y avait des besoins", souligne M. Yamamoto.
Libérés de cette contrainte, les médecins fraîchement diplômés privilégient les hôpitaux des grandes villes, aux dépens des provinces.
Le métier d'urgentiste n'attire en outre pas les foules, avec ses horaires difficiles et ses menaces de poursuites judiciaires si une erreur de diagnostic est
commise dans la précipitation.
Et les établissements peuvent difficilement motiver par la feuille de paye, car les hôpitaux versent souvent un salaire identique à tous les médecions, toutes spécialités confondues.
"Pour ma génération, guérir était une vocation", souligne M. Yamamoto, la soixantaine, déplorant que les jeunes médecins pensent d'abord à leur situation personnelle.
Pour résoudre le problème, le ministère de la Santé a proposé des incitations financières aux médecins des hôpitaux urbains acceptant d'aller travailler dans les régions reculées.
Mais depuis juillet, seuls cinq médecins ont été mutés dans tout le Japon. "Les hôpitaux bien côtés ne veulent pas les laisser partir, car ils craignent de perdre du prestige et d'attirer moins de patients", explique M. Tanabe.
Le ministère de la Santé va par ailleurs augmenter de 10% le nombre d'étudiants en médecine et accorder des subventions aux étudiants acceptant de travailler en province.
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