Il a désormais remisé son harpon pour organiser des croisières en mer pour touristes, convaincu que les Japonais préfèrent
contempler les cétacés plutôt que les déguster.
"J'éprouve la sensation que les baleines font partie de moi.Elles sont un don de la nature", assure à l'AFP le pêcheur, qui a vécu toute sa vie à Muroto, ancien port baleinier de l'île de Shikoku (sud-ouest).
Chaque jour, ce vieux Japonais, au visage mat creusé de rides, embarque des touristes à bord de son bateau, le "Suehiro-Maru II", qui arbore un dessin de baleine sur sa proue.
A l'aurore d'une journée de mai, M. Nagoaka dirige son embarcation au large du cap Muroto.
Tandis que souffle une légère brise, on peut apercevoir les jets d'eau de baleines de Minke, éclairées par le soleil levant.
Il y a un demi-siècle, celles-ci étaient pourtant dans la ligne de mire de son canon lance-harpon, alors qu'il débutait sa carrière de chasseur.
En vingt ans d'exercice, il assure avoir tué plus de 4.000 baleines, notamment en Antarctique.
"La chasse à la baleine était une métier très dangereux mais aussi passionnant.
Les baleines sont très intelligentes. Elles ont une ouie très fine leur permettant de vite détecter les dangers", a-t-il raconté.
"Lorsque vous chassez la baleine, vous ne devez éprouver aucune pitié. J'essayais de manier le harpon en pensant au bien-être de ma famille et de mon entreprise", a-t-il souligné.
C'est aux alentours de 45 ans que Nagaoka a décidé de mettre fin à cette activité pour devenir l'un des premiers Japonais à vivre de l'observation des baleines en mer.
A l'époque, les restrictions mondiales en matière de chasse contraignaient les grandes sociétés baleinières japonaises à fusionner.
"La chasse à la baleine n'était pas une partie de plaisir, même aux côtés de mes camarades.
J'aurais pu poursuivre mon métier avec des gens qui m'étaient inconnus", a-t-il expliqué.
"J'avais entendu que les excursions d'observation des baleines étaient sur le point d'être lancées au Japon, alors je me suis dit: +tentons notre chance+!", a-t-il poursuivi, assurant avoir ainsi pu faire fructifier sa fine connaissance du monde des cétacés.
L'observation des baleines en mer prend de plus en plus d'ampleur au Japon.
Quelque 14.700 Japonais se sont adonnés à ce loisir en 2006 sur l'île d'Ogasawara, site d'observation le plus fréquenté du Japon situé dans le Pacifique, soit une hausse de 20% en l'espace de huit ans, selon une association touristique locale.
Pour autant, le Japon, qui continue de chasser chaque année un millier de baleines au grand dam des écologistes, compte de nouveau plaider en faveur de la reprise de la chasse commerciale suspendue depuis 1986, lors de la conférence de la Commission baleinière internationale (CBI) du 28 au 31 mai à Anchorage (Alaska).
Si la consommation de viande de baleine est en recul au Japon, le gouvernement soutient qu'il se doit de préserver cette tradition culinaire nippone.
Pour toute une génération de Japonais, la viande de baleine symbolise l'échappatoire à la famine qui sévissait après la Seconde guerre mondiale.
M. Nagaoka admet cependant avoir contribué à décimer la population mondiale des baleines bleues, aujourd'hui en voie de disparition, en raison d'une pratique de chasse intensive.
"Une chasse effrénée n'est pas une bonne chose. Il nous arrivait d'attraper jusqu'à 60 baleines bleues par jour", s'est-il souvenu, admettant que cet excès entraînait un gros gâchis.
L'ancien pêcheur plaide cependant pour la protection des traditions.
"La chasse à la baleine raisonnée devrait être autorisée pour des peuples comme les Japonais qui ont toujours traditionnellement mangé de la viande de baleine", souligne-t-il.
"Je pense qu'il y a moyen de faire coexister les homme et les baleines", a-t-il conclu.