Bases américaines: Hatoyama renonce, les habitants d'Okinawa crient à la trahison
le 24/5/2010 à 11h30
par Harold Thibault (Aujourd'hui le Japon)
Poster un commentaire :
(41 avis)
Revenant sur l'une de ses principales promesses électorales, le Premier ministre japonais a renoncé à déménager une base de l'US Army hors d'Okinawa. Les responsables locaux dénoncent une "trahison", alors qu'à Tokyo, il est attaqué y compris au sein de sa coalition.
"Trahison". Le maire de la ville de Nago, à Okinawa, n'a pas mâché ses mots face à Yukio Hatoyama, venu sur l'île pour annoncer sa décision de déménager la base aérienne de Futenma à l'intérieur de la préfecture, contrairement à ce qu'il avait promis avant son élection et depuis son arrivée au pouvoir.
Le Premier ministre s'est rendu en personne à Okinawa, dimanche matin, pour annoncer sa décision, sa deuxième visite sur l'île en moins d'un mois. "Après des discussions entre notre pays et les Etats-Unis, j'en suis venu à la conclusion de relocaliser la base de Futenma à Okinawa, précisément sur une une zone côtière de Henoko" a-t-il déclaré, face au gouverneur d'Okinawa, Hirokozu Nakaima.
Yukio Hatoyama a demandé pardon "pour avoir semé la confusion" parmi les habitants de la préfecture. "Je m'excuse du fond du coeur de ne pas avoir été capable de respecter mes engagements" a-t-il lâché, invoquant ensuite la situation actuelle dans la péninsule coréenne qui montre "qu'il y a toujours des incertitudes considérables en termes de sécurité" en Asie du Nord-Est. Or, a argué le Premier ministre, "si nous séparions les unités d'hélicoptères en déménageant les fonctions (de la base aérienne de Futenma), nous porterions sérieusement atteinte au fonctionnement des Marines".
Le Premier ministre a toutefois annoncé qu'il souhaitait "alléger le fardeau" des habitants de la préfecture, par exemple en travaillant sur la pollution sonore de la base, mais sans donner de détails.
Arrivé au pouvoir en septembre dernier, Yukio Hatoyama avait mis au premier plan de son programme la nécessité de déménager cette base américaine hors de la préfecture d'Okinawa. Il était ainsi revenu sur un accord passé en 2006 entre l'administration Bush et le Parti libéral démocrate alors au pouvoir, suite au viol en 1995 d'une fille de 12 ans par des soldats américains, et qui prévoyait d'ores et déjà le déménagement des installations de Futenma à Henoko.
Les projets du Premier ministre, et la rhétorique sur le recalibrage des relations avec Washington qui les enveloppait, ont jeté un coup de froid dans les relations bilatérales, Barack Obama allant jusqu'à snober Hatoyama lors d'un sommet sur le nucléaire à Washington.
Ses atermoiements et son incapacité à gérer les différends avec l'incontournable allié américain ont déjà valu au premier ministre démocrate une chute sous la barre des 25% d'opinions favorables dans les sondages.
Dimanche, le gouverneur d'Okinawa a jugé la situation "très grave et décevante". "Les gens sont déçus car ils s'attendaient à un déménagement hors d'Okinawa" a-t-il dit à Yukio Hatoyama. "Nous avons besoin d'explications du gouvernement et d'une solution satisfaisante" a ajouté Hirokozu Nakaima, alors qu'à l'extérieur le Premier ministre était accueilli par des manifestants brandissant des pancartes portant les caractères de "colère".
La localisation géographique précise du nouvel emplacement dans la zone de Henoko, située dans la ville de Nago, doit être annoncée à l'automne, probablement avant une visite de Barack Obama à Tokyo en novembre.
La sanction politique de cette déception, alors que Hatoyama et son administration incarnaient la promesse du changement, après 55 ans de règne quasiment ininterrompu du Parti libéral démocrate, pourrait être plus rapide.
"La tournure des événements remettra inévitablement en question la responsabilité politique du Premier ministre Yukio Hatoyama, étant donné qu'il avait par le passé critiqué le plan de 2006" estime le plus vendu des quotidiens nationaux, le conservateur Yomiuri.
Le Parti social démocrate, qui participe à la coalition menée par les Démocrates, a menacé de la quitter conformément à la volonté de ses adhérents, si le déménagement se confirmait.
Le chef du Parti libéral démocrate, Sadakazu Tanigaki, envisage lui de provoquer un vote de confiance à la Chambre basse du Parlement contre le gouvernement.
En revenant sur l'une de ses principales promesses électorales, un dossier dans lequel il s'était engouffré sans pouvoir satisfaire simultanément la puissance américaine et l'opinion japonaise, le Premier ministre nourrit les inquiétude de l'opinion publique, qui s'était déjà interrogée sur sa capacité à mener le pays. Il a choisi l'incontournable relation avec Washington. Son sort devrait être fixé le 11 juillet prochain, lors d'élections sénatoriales déjà annoncées comme un examen de passage, un peu moins d'un an après son arrivée au pouvoir.
Armée
Poster un commentaire :
(41 avis)