Avoir un enfant au Japon, le parcours du combattant
le 21/8/2009 à 12h41
par Roland de Courson (AFP)
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Les difficultés matérielles pour élever sa progéniture et l'attitude des Japonais face au mariage et au sexe ne les incitent pas à procréer. S'ils ne se décident pas à faire plus d'enfants, le pays aura perdu 20% de sa population d'ici 2050
Avec son taux de fécondité parmi les plus bas du monde (1,37 enfant par
femme en 2008) et alors que l'immigration reste un tabou, le Japon verra sa
population passer de 127 millions actuellement à 100 millions en 2050. Tous les candidats aux législatives du 30 août ont promis de s'attaquer au
problème à coups d'allocations familiales, en rendant l'école gratuite ou en
multipliant les crêches, en nombre nettement insuffisant.
"Le manque de crêches est un vrai problème. Mais la raison la plus simple du
recul de la natalité, c'est que les gens se marient de plus en plus tard ou ne
se marient jamais", explique à l'AFP Yuko Kawanishi, sociologue à l'Université
Tokyo Gakugei.
En 2007, l'âge moyen d'un premier mariage au Japon était de 28,3
ans pour une femme, contre moins de 23 ans dans les années 1950.
Au Japon, convoler est une étape incontournable pour fonder une famille:
moins de 2% des naissances ont lieu hors mariage.
Mais si 91% des jeunes
Japonaises célibataires rêvent de se marier, 69% disent ne pas l'avoir encore
fait faute d'avoir trouvé le mari idéal, celui qui exprime ses émotions, a un
bon travail et participe aux tâches ménagères, selon une étude de CLSA.
"Beaucoup de femmes japonaises modernes hésitent face au mariage, car elles
craignent d'y perdre leur liberté", affirme Mme Kawanishi.
Quant aux hommes, beaucoup sont incapables de s'installer dans la vie et
d'entretenir une famille faute de stabilité professionnelle. Plus d'un
travailleur sur trois au Japon est en statut précaire.
Même une fois la bague au doigt, des obstacles à la procréation demeurent.
Une étude de l'Université Nihon a révélé qu'en 2007, près d'un couple sur
quatre n'a eu aucun rapport sexuel. Principales coupables: les journées de
travail interminables qui épuisent les maris, et l'exiguïté des logements.
A cela s'ajoute, selon Mme Kawanishi, un mystérieux manque de communication
entre hommes et femmes. "L'industrie du sexe, la sexualité sont omniprésentes au
Japon. Sauf au sein du mariage. On dirait que les maris et les femmes ont
toujours autre chose à faire", déplore la sociologue.
Même pour un ménage sexuellement actif, avoir des enfants demande réflexion.
Les onéreuses consultations médicales liées à la grossesse et l'accouchement ne
sont pas, sauf complication sérieuse, pris en charge par l'assurance-maladie, de
même que les traitements contre l'infertilité.
Selon une étude de l'assureur Sumitomo Life, une majorité de parents nippons
jugent par ailleurs que "le manque de structures médicales adaptées et de
spécialistes est un important facteur d'angoisse". Dans un Japon sans enfants,
trouver un pédiatre, une babysitter ou une aire de jeux digne de ce nom peut
relever du parcours du combattant.
Les obligations traditionnellement dévolues aux mères peuvent aussi s'avérer
dissuasives. Ainsi, 70% des femmes qui travaillent démissionnent à l'arrivée de
leur premier enfant.
"Il est très difficile pour une Japonaise de travailler tout en étant mère.
Il y a bien sûr un problème de garde d'enfants", explique Mme Kawanishi.
"Mais il y a surtout la mentalité, très forte, selon laquelle on attend
d'une mère qu'elle sacrifie tout le reste pour entourer physiquement son enfant
pendant ses trois premières années, faute de quoi l'enfant deviendra un raté".
Selon elle, "cette conception, implicite et culpabilisante, amène beaucoup
de femmes à juger qu'avoir des enfants apporte trop de problèmes".
EnfantVieillissement de la population
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