Au Japon, les PDG économes sont épargnés par la colère populaire
le 23/3/2009 à 10h48
par Roland de Courson (AFP)
Poster un commentaire :
(4 avis)
Pendant qu'Américains et Européens se déchaînent contre les grands patrons, leurs jets privés et leurs primes faramineuses, les PDG japonais, austères, contrits et dont certains n'hésitent pas à travailler gratuitement pour combattre la crise, échappent à la colère populaire.
De nombreux patrons japonais (ceux de Toyota, Toshiba,
Hitachi, Honda, Mizuho...), prenant acte des lourdes pertes de leur
groupe, ont renoncé à leur fauteuil. D'autres - au moins 200, selon
un décompte du quotidien Nikkei auprès des seules sociétés cotées en
Bourse - ont spontanément amputé leur salaire, parfois de 50%, montrant
l'exemple à leur personnel appelé à des sacrifices.
Le PDG du
fabricant de semiconducteurs Elpida Memory, Yukio Sakamoto, a même
renoncé à toute rémunération pendant deux mois, puis a promis de ne
toucher que la moitié de son salaire jusqu'à ce que sa société revienne
aux bénéfices.
Ce comportement de moine-soldat n'est pas un cas isolé.
Chez
Toyota, quelque 2.200 directeurs se sont engagés à acheter une voiture
produite par la firme afin de contribuer au redressement des ventes. Du
chef suprême au simple commis, tous les salariés du groupe sont par
ailleurs soumis aux mêmes mesures d'économies draconiennes, qui vont
jusqu'au contrôle du nombre de crayons utilisés par chacun et au
débranchement des essuie-mains électriques dans les WC.
Haruka
Nishimatsu, PDG de Japan Airlines, première compagnie aérienne d'Asie,
gagne moins que ses pilotes, se rend à son travail en autobus et
déjeune au self-service avec le petit personnel.
Les patrons des
groupes industriels japonais dont le chiffre d'affaires annuel dépasse
les 500 millions de dollars gagnent, en moyenne, seulement 543.564
dollars (400.200 euros) par an, soit 75% de moins que leurs homologues
américains et 55% de moins que les français, selon la firme de
ressources humaines Towers Perrin. Au Japon, un PDG gagne 11 fois
plus qu'un simple ouvrier, contre 39 fois plus pour un PDG américain et
23 fois plus pour un français, révèle la même étude, réalisée en 2005. La
part variable dans la rémunération des PDG est de 22% seulement au
Japon (contre 62% aux Etats-Unis et 41% en France), les primes
astronomiques, qui exaspèrent l'opinion publique en période de
récession, étant pratiquement inconnues dans l'archipel.
A défaut de
s'en prendre à leur PDG, les Japonais concentrent leur frustration sur
les dirigeants politiques, à commencer par l'impopulaire Premier
ministre Taro Aso, héritier d'une immense fortune familiale et
régulièrement vilipendé pour ses sorties nocturnes dans les bars et
restaurants les plus chers de Tokyo. L'ex-ministre des Finances
Shoichi Nakagawa, éjecté du gouvernement après s'être présenté
apparemment ivre devant ses collègues du G7 à Rome, a été cloué au
pilori pour avoir affrété un jet privé à 320.000 euros pour se rendre à
cette réunion, afin de gagner deux heures sur le vol régulier. "Par
leur comportement idiot jusqu'à la risée, les hommes politiques
japonais attirent sur eux la colère qui, ailleurs, s'abat sur les chefs
d'entreprise", résume Noriko Hama, économiste à la Doshisha Business
School de Kyoto.
Mais selon elle, "le mécontentement existe aussi à
l'égard des patrons" en raison des plans sociaux massifs dont sont
victimes les travailleurs précaires. Selon le gouvernement, au moins
158.000 employés sous contrat temporaire auront été remerciés d'ici le
31 mars, date de la fin de l'année budgétaire. "Les PDG sont
critiqués non à cause de leurs primes, mais à cause de la façon dont
ils licencient, tout simplement parce que les entreprises japonaises ne
se comportaient pas comme ça dans le passé", explique Mme Hama.
"Beaucoup de gens trouvent que les patrons sont devenus déloyaux envers
les employés."
Découvrez Japon : les ombres du passé, une démonstration brillante du poids de l'histoire sur le Japon d'aujourd'hui
EntreprisesEconomie
Poster un commentaire :
(4 avis)